North Hatley est reconnue comme l’un des plus beaux villages du Québec. On investit temps et argent pour protéger son patrimoine, son paysage et son caractère unique. Pourtant, en plein cœur du parc de la Rivière, où passent des dizaines de milliers de visiteurs chaque saison, la municipalité a choisi d’installer des toilettes chimiques bleu et jaune fluo.







Hier soir encore, en passant au parc avec mes enfants, j’ai constaté le même spectacle : une toilette penchée, du papier hygiénique au sol et un lavabo sans eau pour se laver les mains. C’est difficile à concilier avec l’image d’un village historique qui accorde autant d’importance à son urbanisme et à sa réglementation.
Les citoyens qui souhaitent modifier leur propriété doivent habituellement soumettre leurs projets au Comité consultatif d’urbanisme (CCU), qui évalue minutieusement leur intégration au paysage. Cette rigueur est compréhensible afin de préserver la beauté du village. Mais comment expliquer qu’une installation aussi voyante puisse être placée au cœur de l’endroit le plus fréquenté du village, en pleine saison touristique? Cette différence de traitement donne l’impression qu’il existe deux poids, deux mesures : la municipalité d’un côté, les citoyens de l’autre.
Le plus étonnant, c’est que des toilettes publiques permanentes existent déjà à quelques mètres de là, dans le pavillon touristique. Elles sont raccordées à l’aqueduc et aux égouts et comprennent également un abreuvoir.
Pendant ce temps, le village ne dispose d’aucun abreuvoir public fonctionnel. Celui situé près de la passerelle piétonnière, qui semble être un élément patrimonial, est hors service depuis environ deux ans. Avec les dizaines de milliers de visiteurs que reçoit North Hatley chaque année, offrir un accès à l’eau potable devrait pourtant être une priorité.
Plusieurs commerçants m’ont également confié recevoir davantage de visiteurs qui demandent à utiliser leurs toilettes sans être clients. On peut difficilement les blâmer : bien des gens hésitent à utiliser une toilette chimique lorsqu’ils en voient l’état… ou en sentent les odeurs.
Ce qui soulève encore plus de questions, c’est que ces installations temporaires coûteraient, soumission à l’appui, plus de 1 100 $ par mois. À ce prix, ne serait-il pas plus logique d’ouvrir et d’entretenir les installations permanentes déjà en place, tout en préservant le cachet du parc?
Je ne remets pas en question la nécessité d’offrir des toilettes publiques. Au contraire, elles sont essentielles. Mais leur emplacement, leur apparence et leur entretien devraient être à la hauteur du caractère exceptionnel de notre village.
À tout le moins, les mêmes critères d’intégration visuelle que ceux exigés des citoyens par le Comité consultatif d’urbanisme devraient s’appliquer aux installations municipales. C’est une question de cohérence, de respect du paysage et de crédibilité.
Sur ce, bonne réflexion!