Comme vous le savez, je milite depuis longtemps pour que l’accès au lac soit réellement ouvert à toutes et à tous. Je le répète souvent : 98 % des plans d’eau au Québec sont privés ou difficilement inaccessibles. Le sujet me tient profondément à cœur, parce que je suis à la fois pêcheur passionné et amoureux de l’eau — comme tant d’autres ici.

Lorsque j’étais étudiant, je venais pêcher sur le pont piétonnier de North Hatley. Chaque fois qu’un bateau passait, je me disais : « Un jour, ce sera moi. » Cette chance, je l’ai eue. Et encore aujourd’hui, l’été, il m’arrive d’inviter des gens rencontrés sur ce même pont à monter à bord pour aller pêcher avec moi.

Le lac Massawippi est immense, mais il ne profite qu’à une très petite partie de la population. Cette saison seulement, j’ai fait une centaine de sorties de pêche. Et ce que je constate, c’est qu’il est presque toujours désert. Pour moi, c’est un privilège inouï : 15 km de lac pratiquement pour moi seul. J’ai parfois l’impression d’être dans une pourvoirie au nord du Québec… alors que je ne suis qu’à 1 h 15 de Montréal et 15 minutes de Sherbrooke. Ma visite est toujours impressionnée : elle ne comprend pas comment un lac aussi magnifique peut être aussi vide. Il faut l’admettre, c’est une richesse incroyable pour les gens d’ici.

Comme riverain, restreindre l’accès au lac revient, en quelque sorte, à agrandir mon propre terrain de jeu. Mais soyons honnêtes : il n’est pas normal qu’un plan d’eau aussi exceptionnel soit aussi peu utilisé. La raison est simple : ce n’est pas que les gens ne veulent pas nager ou naviguer sur le Massawippi — c’est qu’ils n’y ont pas accès, ou très difficilement.

Je connais très bien la plage municipale de North Hatley. Avant d’avoir un terrain au bord de l’eau, j’y allais presque tous les soirs avec mes enfants pendant plus de cinq ans. Et même aujourd’hui, malgré l’accès direct au lac, mes enfants préfèrent encore aller à la plage pour jouer avec d’autres jeunes. Je les comprends. L’endroit est minuscule, mais chaleureux… malgré un manque évident de gestion du bâtiment et des infrastructures autour.

Il est vrai que rendre le lac plus accessible peut inquiéter certains riverains et résidents, qui craignent pour leur tranquillité. Je comprends très bien cette crainte — je la partage moi aussi. Mais collectivement, nous ne pouvons pas maintenir un plan d’eau de cette qualité presque inaccessible. Le lac ne nous appartient pas. Rien n’empêche, en parallèle, de prendre au sérieux la protection de son écosystème.

Or, la situation actuelle — à North Hatley comme dans de nombreux villages riverains — ne favorise clairement pas l’accès à l’eau. Le motif invoqué est presque toujours la protection de l’écosystème. C’est un objectif tout à fait légitime. Mais j’ai peine à croire qu’il soit nécessaire de restreindre l’accès au point où nous en sommes pour y parvenir. Quelques exemples :

  • Plage devant la clinique dentaire : baignade et pêche interdites.
  • Parcelle de plage Lobanaki : fermée et clôturée.
  • Quai fédéral : baignade et pêche permises, mais aucun aménagement.
  • Plage municipale : tarifs élevés pour les non-résidents (10 $/adulte, 6 $/enfant).
  • Parc de la Rivière : baignade interdite, pêche interdite.
  • Parc Dreamland : aucune signalisation; baignade vraisemblablement interdite, pêche tolérée; aucun aménagement pour la baignade.
  • Marina : kayaks à 22 $/heure; chaloupes à moteur entre 40 $ et 60 $/heure.
  • Accès avec un bateau : 60 $ par sortie (lavage + descente), aucune vignette pour non-résidents sans preuve d’amarrage.
  • Location de pontons : environ 135 $/heure.

Au fond, la question de l’accès au lac Massawippi dépasse largement la simple envie de se baigner ou de naviguer : elle touche à l’équité, à la qualité de vie, à notre rapport collectif à un patrimoine naturel exceptionnel. Le lac Massawippi est l’un des joyaux de notre région, et il mérite d’être partagé, apprécié et vécu dans le respect par l’ensemble de la communauté.

Protéger l’écosystème est essentiel, mais protéger ne doit pas devenir synonyme d’exclure. Il est, à mon avis, tout à fait possible de concilier respect de l’environnement et accès responsable. D’autres municipalités y parviennent avec succès; rien n’empêche North Hatley d’être un modèle à son tour.

Nous avons, au village, des citoyennes et des citoyens passionnés, créatifs et engagés, prêts à contribuer et à proposer des solutions concrètes. Il ne manque qu’un geste, une ouverture, une volonté claire de l’administration pour enclencher un changement positif. D’ailleurs, cela est le point 2.3 du plan directeur de la municipalité récemment adopté par les élus.

J’ai la conviction profonde qu’un accès plus juste, mieux organisé et mieux pensé profiterait autant à la communauté qu’à l’économie locale, tout en renforçant notre sentiment d’appartenance.

Et peut-être, qui sait, qu’un jour très prochain, nous pourrons tous profiter du lac Massawippi comme il se doit — ensemble.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top