À la suite de l’avis de démolition récemment publié, plusieurs citoyens semblent se questionner surl ’impact réel, sur l’environnement, de raser des bâtiments comme celui de la plage. En fouillant un peu, j’ai découvert qu’une maison ordinaire de 1 000 à 2 000 pieds carrés représente souvent entre 30 et 100 tonnes de matériaux à gérer. Et, selon la rigueur du contracteur et du tri effectué sur le chantier, au maximum 30 % de ces matériaux seront recyclés.
Concrètement, si l’on prend l’exemple d’un bâtiment générant 100 tonnes de matériaux, cela signifie qu’environ 70 tonnes finiront directement au dépotoir. Dans le cas du bâtiment de la plage Pleasant View, on peut facilement imaginer des volumes deux à trois fois supérieurs.
Évidemment, il arrive qu’il n’y ait pas vraiment d’autre option que démolir. C’est sans doute le cas de certaines démolitions récentes à North Hatley. L’ancien restaurant Picalily en est probablement un bon exemple.
Démolir vs rénover : penser en décennies, pas en mois
Il faut aussi se questionner sur l’efficacité d’une construction neuve par rapport à une vieille maison, mais sur le long terme. Une maison neuve peut être beaucoup plus performante : meilleure isolation, meilleure étanchéité, fenêtres modernes, systèmes mécaniques plus efficaces, etc.
Mais il faut regarder l’empreinte globale sur 30 à 50 ans (et plus). D’après ce que j’en comprends, démolir et rebâtir équivaut souvent à émettre, d’un seul coup, l’équivalent de plusieurs dizaines d’années de chauffage d’une maison existante.
Autrement dit, ça ne prend de calculs mathématiques complexes pour constater que le bâtiment le plus écologique, c’est celui qui existe déjà… à condition de l’améliorer intelligemment. Mais ce n’est pas toujours possible.
Quand la démolition peut être écologiquement justifiable
Il existe des situations où la démolition peut se défendre, même d’un point de vue environnemental, par exemple :
- Structure dangereuse ou irrécupérable
(problèmes majeurs de fondations, affaissement, vices cachés graves, etc.) - Contamination importante
(moisissures généralisées, contamination chimique, matériaux très problématiques difficiles à gérer autrement). - Maison quasi impossible à rendre efficace
(bâtiment très mal orienté, volumétrie aberrante, ponts thermiques partout, impossibilité technique de corriger sans coûts et impacts démesurés).
Dans ces cas, on peut faire le calcul de la fameuse « période de retour carbone » : le temps nécessaire pour “rembourser” l’empreinte de la nouvelle construction grâce aux économies d’énergie réalisées. Cette période peut facilement être de 20, 30 ans ou plus.
Pour ma part, si l’on démontre clairement que la maison n’est plus rénovable et que le gain énergétique à long terme est réel et mesuré, la démolition peut se justifier.
Le rôle du CCUP : démolir… ou rénover?
Là où j’ai un malaise, c’est que j’ai l’impression que l’on choisit parfois la démolition un peu trop rapidement, par réflexe, sans pousser l’analyse jusqu’au bout. Surtout, si elle n’est pas contrôlée. Ce n’est pas un reproche, j’aurais tendance à faire de même malheureusement.
À mon avis, c’est précisément là que le CCUP devrait jouer un rôle central :
se prononcer, de façon argumentée, sur la question suivante :
Ce bâtiment doit-il réellement être démoli, ou devrait-on privilégier sa rénovation?
Il s’agit d’un mandat critique, autant sur le plan patrimonial qu’environnemental, qui mérite d’être clairement débattu. Par contre, en tant que propriétaire, ça peut devenir très fâchant de perdre le contrôle sur sa propriété.
Sur ce, bonne réflexion!
Une suggestion: En ce début de mandat de notre nouveau (sic) conseil municipal, il serait intéressant de créer une sorte de calendrier de l’Avent (on ajoute au lieu de soustraire) montrant toutes les démolitions suspectes ou redéploiements architecturaux douteux qui auront lieu durant les quatre prochaines années. Une sorte de calendrier de l’Après qui montrerait, de coup de pelle mécanique en coulage de béton, où s’en va l’intégrité architecturale du village. Une photo à la fois pendant quatre ans.